Axes bientôt interdits aux gbaka et Wôrô-Wôrô : Que propose-t-on aux usagers ?

Plusieurs axes dans la ville d’Abidjan seront bientôt interdits de circulation à deux types de véhicules de transport en commun. Ce sont notamment les Gbakas (minicar de 18, 22 ou 32 places) et wôrô-wôrô (taxis communaux et intercommunaux). C’est la décision que vient d’arrêter la direction générale de la police.

Les axes concernés sont les trois ponts, les boulevards Valery Giscard d’Estaing (route de l’aéroport jusqu’à Treichville), De Gaulle (prolongement du pont De Gaule en allant vers Adjamé), Mitterrand (route de Bingerville), des Martyrs et Latrille (2plateaux).

Cette mesure qui fait suite à plusieurs rencontres entre la direction générale de la police et de nombreux acteurs du transport, s’inscrit, dit-on, dans le cadre de la fluidité routière dans le district d’Abidjan. Avant l’entrée en vigueur de la mesure d’interdiction, les axes suscités, selon le Directeur général de la police, seront « soumis aux maires impliqués pour la prise d’arrêtés municipaux ».

Quelles solutions pour se déplacer ? Si la prochaine mesure d’interdiction vise à lutter contre les nombreux embouteillages observés sur les routes à Abidjan, elle ne sera pas sans impacts économiques.

En effet, pour les populations qui seront privées de gbakas et de wôrô- wôrô sur ces axes, ce sera la croix et la bannière pour se déplacer, à défaut d’opter pour les taxis compteurs dont les tarifs ne sont pas accessibles à la bourse du commun des Ivoiriens dont le pouvoir d’achat s’effrite face à la cherté de la vie.

Un Ivoirien sur deux en effet est pauvre, et selon la banque mondiale dont le directeur des opérations pour la Côte d’Ivoire, Ousmane Diagana, est monté au créneau fin novembre dernier, la croissance du pays ne se ressent pas encore dans le quotidien des Ivoiriens.

Selon une étude sur le secteur du transport en Côte d’Ivoire, plus de 3,4 millions de personnes se déplacent chaque jour à Abidjan et empruntent pour 65% d’entre elles les gbaka et les wôrô-wôrô. Leur tarification, accessible pour la bourse de nombre d’entre les usagers, a dû compter certainement pour beaucoup dans ces statistiques.

En effet, là où une course avec un taxi compteur se négocie au minimum à partir de 1500 F Cfa, gbaka et wôrô- wôrô prennent 200 ou 300 F Cfa pour des distances deux fois plus longues comme l’axe Adjamé-Bingerville.

Ce trajet est en effet beaucoup sollicité par les usagers d’autant plus que l’extension de la ville d’Abidjan a occasionné une constellation d’opérations immobilières en direction de Bingerville.

Ce qui crée une forte densité et un trafic élevé entre l’ancienne capitale politique et la capitale économique. Contraindre tout ce monde à emprunter un seul type de transport est incommode et pas du tout économique pour son budget.

La société de transport urbain qu’est la Sotra, du reste, ne dispose que d’une seule ligne de bus (610) pour relier les deux villes. Sur les autres axes comme Treichville, Marcory et 2 plateaux, malgré l’existence de plusieurs lignes de bus (ordinaire et express), la Sotra n’arrive pas à satisfaire tout le monde.

Le déficit est alors comblé par les taxis communaux qui ont l’avantage d’être disponibles en moins de temps comparativement aux longues heures d’attente des bus. Leur interdire les boulevards Latrille et Martyrs aux 2 plateaux serait donc accentué le calvaire des usagers aux heures de pointe.

Cette décision si elle est appliquée mettrait également à mal le travail de nombreux transporteurs qui auront du mal, en évitant ces trajets de forte affluence, à atteindre leur recette à laquelle il faut ajouter les frais de carburant. La quête de la fluidité routière ne devrait pas être l’occasion d’en rajouter au problème de transport dans le district d’Abidjan.

D’ailleurs, alors qu’on croyait que l’insuffisance d’infrastructures routières était à la base des embouteillages à Abidjan, la construction de nouvelles routes et échangeurs n’a pas totalement résolu le problème, notamment à la Riviera 2 malgré une trémie, un rond point, des voies d’accès, des feux tricolores et la présence de la brigade de régulation de la circulation.

La solution durable à la fluidité routière à Abidjan réside plutôt dans l’exploitation intense d’autres modes de transport et de voie de communication (voies lagunaire et ferroviaire).

Si la mise en place d’un circuit de transport ferroviaire nécessite des moyens colossaux et un délai d’exécution relativement long, comme dans le cadre du projet de train urbain d’Abidjan (325 milliards F Cfa pour 4ans de travaux), le transport lagunaire lui, pourrait être une alternative efficace à la route si la volonté politique y est, surtout que la capitale économique bénéficie d’un plan d’eau lagunaire qui la ceinture quasiment.

La Tribune de l'Economie

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